Tablette: la révolution tactile

Les tablettes tactiles révolutionnent le rapport à l’informatique. D’un coup, tout semble simple. Cela est vrai aussi pour les personnes en situation de handicap. A l’exemple de Benno qui a adopté l’iPad de sa maman. Le monde de la pédagogie spécialisée s’y met aussi.

Article paru dans la revue INSIEME 2/12 – interview de Mme France SANTI

 

 

Sur sa tablette, Benno s’applique. Il joue à déplacer des lettres sur des animaux dont les formes corres­pondent. Une fois la tâche accomplie du bout des doigts, la tablette l’applaudit. Lui aussi, d’ailleurs. Content, il s’attaque au niveau suivant. Avant de changer d’appli­ cation pour, cette fois, construire des voitures. Benno, 9 ans, qui vit avec un retard général de développement d’origine indéterminée, a tout de suite adopté l’iPad de sa maman. “C’est une des seules activités que Benno peut et veut faire tout seul. Il gagne en autonomie. C’est un plus pour lui comme pour nous”, dit Emmanuelle Seingre, sa maman.

Sur la tablette, il joue. Avec la bénédiction de ses parents. Non seulement parce que cela lui fait plaisir, mais aussi parce que généralement, sous leurs airs sympathiques, les jeux sont souvent à caractère pédagogique. “Nous téléchargeons tout ce qui peut l’amuser, mais aussi ce qui nous semble pouvoir aider le développement de Benno”, dit Christian Raetz, son père. Au programme, travail de l’alphabet, de la phonétique, associations d’idées et même exercice de la motricité. “Maintenant, il arrive à zoomer en écartant ses doigts … C’est vraiment impressionnant”, ajoute son père.

En toute intuitivité

Les parents sont heureux de voir Benno se débrouiller ainsi avec un outil informatique. Bien mieux qu’avec un ordinateur ordinaire. Autant sur la tablette, Benno interagit intuitivement, essaie et trouve, autant sur le PC, il bloque souvent. Les causes: un écran placé trop loin, un clavier avec trop de touches et. .. une souris, dont l’utilisation lui pose problème. Avec la tablette, ces barrières disparaissent.

Tout semble si facile, que sa maman y voit un outil pour appuyer le travail des ergothérapeutes et logopédistes. Elle se demande même si son iPad ne pourrait pas être un futur moyen auxiliaire de communication.

Elle n’est pas seule. La maman de Robin a mis depuis longtemps iPhone et iPad dans les mains de son fils, Robin, un garçon de 8 ans porteur du syndrome de l’X-fragile et autiste. “Pour Robin, les tablettes sont les meilleurs moyens de calmer ses angoisses et de s’occuper”, dit-elle.

Comme Benno, Robin joue sur l’iPad. Mais sa maman rêve aussi de pouvoir l’utiliser comme moyen de com­munication ou valise à pictogrammes. “Ce serait bien d’avoir tout sur un même support et de ne plus devoir changer d’outil selon l’utilisation que l’on en fait”, ajoute-t-elle.

Objet polyvalent

Rien d’utopique là-dedans, selon Elvio Fisler. Le coor­dinateur en informatique pédagogique à la CeIICIPS* suit, utilise et évalue l’utilisation de l’informatique depuis plus de vingt ans. Et pour lui, la tablette pré­sente une vraie révolution: simple, maniable, directe, elle offre un degré d’ergonomie encore jamais atteint jusqu’ici. Et une polyvalence prometteuse. Contrairement aux outils traditionnels qui focalisent sur une action, la tablette sait tout faire: lire, enregistrer, montrer, interagir. “Comme BABAR, elle peut lire un code barre à haute voix. Mais en plus, elle peut ajouter une photo ou une vidéo. Elle peut même être utilisée comme un ‘switch’ pour les personnes avec une motri­cité empêchant l’accès direct et le pointage précis. Les domaines d’application sont infinis”, dit-il.

Un projet-pilote lancé en été 2011 a prouvé les atouts des tablettes (voir encadré). Selon le spécialiste, la seule limite est la production d’applications adéquates. “Mais il y en a toujours plus. Notamment des modules péda­gogiques. Il reste à les connaître et les faire connaître, notamment au sein des institutions.” fs

* CellCIPS – Cellule de coordination en informatique pédago­gique spécialisée de l’Office de l’enseignement spécialisé (VO).

PROJET-PILOTE

En 2011, la Fondation Verdeil à Lausanne a lancé un pro­jet d’utilisation de l’iPad au sein du service éducatif itiné­rant. Elvio Fisler et Christophe Schneider ont coordonné le projet. Les résultats, actuellement en cours d’analyse, sont des plus probants. Aucun rapport n’est encore disponible, mais de nombreuses informations provenant notamment de ce projet-pilote sont à lire sur: www.cellcips.ch et www.alternatic.ch.

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